Ritchie Dagoniaapiculteur amateur en Bretagne

Ritchie Dagonia, 63 ans, apiculteur amateur en Bretagne

Je m'appelle Ritchie Dagonia, j'ai 63 ans et je suis apiculteur amateur en Bretagne. Quatre ruches au fond du jardin, un enfumoir qui ne s'allume jamais du premier coup, un carnet où je note tout, et beaucoup de temps passé à regarder la planche d'envol sans rien faire d'autre. Ce site raconte cette petite apiculture de retraité, telle que je la vis, sans prétention ni recette miracle.

Pourquoi les abeilles, à la retraite

Ma vie active ne m'a laissé ni le temps ni la disponibilité d'esprit qu'exigent les abeilles. On ne visite pas une colonie entre deux obligations ; on la visite quand le temps le permet et quand elle le permet. La retraite rend cette lenteur possible. Je cherchais une occupation qui me sorte dehors, qui me demande d'apprendre quelque chose de neuf et qui me relie à la saison plutôt qu'au calendrier. Les abeilles répondent aux trois. Elles imposent leur rythme, elles se moquent de mes plans, et c'est précisément ce qui me plaît.

Mes ruches

J'ai quatre ruches, toutes du même modèle, des ruches à cadres tout à fait ordinaires, en bois, posées sur des supports à hauteur de genou pour ménager mon dos. Quatre, c'est un nombre que je tiens volontairement modeste : assez pour comparer les colonies entre elles, assez peu pour que chaque visite reste un plaisir et non une corvée. Elles sont alignées au fond du jardin, planches d'envol tournées vers le sud-est, à l'abri d'une haie qui coupe le vent d'ouest. Chaque ruche a son caractère. Il y en a une douce que je pourrais presque ouvrir sans voile, et une autre, plus nerveuse, qui me rappelle à l'ordre dès que je m'attarde.

Trois ruches en bois au fond d'un jardin
Le rucher, un soir de mai.
Cadre de ruche couvert d'abeilles tenu par des mains gantées
Visite de printemps.

La visite de printemps

La première vraie visite de l'année attend un jour doux, sans vent, avec au moins quinze degrés à l'ombre. En Bretagne, ce jour se fait parfois désirer jusqu'à la mi-avril. Je regarde d'abord sans ouvrir : les entrées de pollen, le va-et-vient, l'absence de cadavres devant la porte. Puis j'ouvre, brièvement. Je cherche la ponte plutôt que la reine elle-même, je vérifie les réserves, l'état des cadres, l'humidité au fond. Une colonie qui sort de l'hiver a besoin de peu de choses en avril : de la place, de la tranquillité et un peu de chance avec le ciel.

L'essaimage

L'essaimage est la façon naturelle qu'a une colonie de se multiplier, et le moment où l'apiculteur découvre qu'il ne contrôle pas grand-chose. De la fin avril à la mi-juin, je visite plus souvent et je surveille les cellules royales. Quand la colonie manque de place, j'ajoute une hausse ; quand elle est vraiment décidée à partir, je divise avant qu'elle ne le fasse elle-même. Il m'arrive de récupérer un essaim pendu dans un pommier, et c'est chaque fois une petite émotion : une grappe tiède et bourdonnante qui tient dans un carton, et qui accepte, ou non, la ruche qu'on lui propose.

La récolte

Je récolte une fois, rarement deux, généralement en juillet. Le miel d'ici est un miel toutes fleurs, changeant d'une année à l'autre selon ce qui a fleuri et ce que la pluie a laissé fleurir. Je ne prends que les cadres operculés, et je laisse toujours aux abeilles bien plus que ce que la prudence exige. Ma récolte se compte en kilos, pas en tonnes ; elle se partage avec la famille et les voisins, et elle suffit largement à mon bonheur. L'extraction se fait dans la cuisine, portes fermées, avec un extracteur manuel, et la maison sent le miel pendant trois jours.

L'hivernage

Préparer l'hiver commence dès août. Je vérifie le poids des ruches en les soulevant par l'arrière, je réduis les entrées, je traite contre le varroa selon les recommandations en vigueur, et je m'assure que chaque colonie a de quoi tenir jusqu'au printemps. Ensuite, il faut savoir ne rien faire. De novembre à février, je n'ouvre pas. Je passe, je regarde, je colle l'oreille contre la paroi les jours de gel pour entendre le bourdonnement sourd de la grappe. C'est là que la patience se travaille vraiment.

Le frelon asiatique

Le frelon asiatique est installé ici depuis longtemps, et il ne partira pas. Il est présent chaque année, de la fin de l'été jusqu'aux premières gelées, en vol stationnaire devant les planches d'envol. Ses attaques stressent les colonies, qui cessent de sortir et s'affaiblissent. Je pose des pièges sélectifs au printemps pour les fondatrices, je réduis les entrées à l'automne, et je passe du temps à l'épuisette. Ce n'est pas glorieux, mais c'est utile. Si je repère un nid, je le signale ; je n'y touche jamais moi-même.

La météo bretonne et ses conséquences

On ne fait pas d'apiculture en Bretagne sans accepter la pluie. Un printemps trop humide empêche les sorties, épuise les réserves et retarde le développement ; un été venteux disperse les butineuses et raccourcit les miellées. En échange, l'hiver est doux, la végétation fleurit tôt et longtemps, et le bocage offre une diversité de fleurs que bien des apiculteurs m'envient. J'apprends à lire le ciel avant de sortir l'enfumoir, à reporter une visite sans regret et à me méfier des belles matinées qui tournent à l'averse vers onze heures.

Le respect des voisins

Mes ruches sont chez moi, mais mes abeilles sont partout. Elles boivent dans les gouttières d'à côté, butinent le tilleul du voisin et se posent sur son linge. Je respecte les distances prévues par la réglementation, la haie force les abeilles à prendre de la hauteur dès le départ, et j'ai prévenu tout le monde avant d'installer la première ruche. Un pot de miel à l'automne fait le reste. Être apiculteur, c'est aussi ne pas être une gêne.

Ce que j'apprends encore, à 63 ans

Je croyais qu'après quelques saisons, je saurais. Je sais surtout que je ne sais pas grand-chose. Chaque année, une colonie me surprend : une reine qui disparaît sans raison visible, un essaim qui part par un temps impossible, une ruche faible qui devient la plus forte. J'apprends encore à reconnaître les odeurs de la ruche, à trouver la reine sans retourner tous les cadres, à lire une colonie en trente secondes plutôt qu'en dix minutes. Apprendre à 63 ans a quelque chose de reposant : personne n'attend rien de moi, sauf les abeilles.

Quelques conseils honnêtes à qui veut débuter

Tels que je les donnerais à un ami qui me demande par où commencer :

  1. Suivez une formation avant d'acheter quoi que ce soit. Une saison complète auprès d'apiculteurs expérimentés vaut mieux que tous les livres réunis.
  2. Ne commencez pas seul. Trouvez quelqu'un qui accepte de vous accompagner la première année, ne serait-ce que pour vous rassurer quand tout semble aller de travers.
  3. Commencez avec deux ruches, pas une. Deux colonies permettent de comparer et de secourir l'une avec l'autre.
  4. Soyez patient. Le miel n'est pas un droit ; la première année, il n'y en a souvent pas, et c'est normal.
  5. Renseignez-vous sur vos obligations. La déclaration des ruches, les distances avec le voisinage, la responsabilité civile : ce n'est pas passionnant, mais cela évite bien des ennuis.
  6. Acceptez d'être piqué. Cela arrive, c'est moins grave qu'on ne le craint, sauf allergie, auquel cas il faut consulter avant de commencer.

Et si vous voulez savoir à quoi ressemble concrètement le calendrier d'un petit rucher amateur, j'ai décrit une année au rucher, mois par mois.